Apocalypse - Chapitre 8 : Confessions

"Apocalypse" est une nouvelle post-apocalyptique qui plonge le lecteur dans un monde ravagé par une guerre céleste entre anges et démons, où la survie dépend de la mobilité, des liens humains et d'une magie résiduelle subtile. L'histoire suit un petit groupe de nomades – Alex, Ben, Clara et Dana – dont la dynamique est mise à l'épreuve par des dangers externes et internes.
Apocalypse - Chapitre 8 : Confessions

Le soleil déclinait à l’horizon, peignant les ruines de la ville d’une lueur sanguine qui semblait refléter le sang versé dans la tour infernale. Alex, Clara et Dana s’étaient extirpés des décombres du gratte-ciel, rampant à travers une brèche finale ouverte par le recul des plantes, leurs corps couverts de poussière, de sueur et de sang. Ils s’effondrèrent dans une petite clairière à l’orée de la structure, un espace dégagé bordé de débris urbains et d’herbes mutées qui ondulaient faiblement au vent. L’air extérieur, bien que chargé de la puanteur résiduelle de la végétation démoniaque, offrait un répit bienvenu après l’étouffement du labyrinthe sylvestre. Mais la victoire était amère : Ben était parti, son corps démembré emporté par l’entité comme un trophée macabre, et Dana gisait là, son moignon d’un bras saignant abondamment, son visage pâle et crispé par la douleur. Clara sentait l’ombre en elle pulser calmement maintenant, lui conférant une endurance qui contrastait avec l’épuisement des autres, mais qui amplifiait aussi sa culpabilité, la rongeant comme une flamme intérieure.

Alex, son optimisme brisé pour la première fois, déchira un morceau de son propre t-shirt pour improviser un garrot autour du bras mutilé de Dana. “Tiens bon, Dana. On va arrêter le saignement,” murmura-t-il, ses mains tremblantes serrant le tissu avec une détermination farouche, même si ses yeux trahissaient le désespoir. Clara, encore secouée par son hurlement guttural et les larmes qui avaient coulé dans la tour, s’agenouilla à ses côtés, utilisant de l’eau d’une flaque filtrée pour nettoyer la plaie autant que possible. C’est ma faute, pensa-t-elle, la symbiose décuplant sa peine en une vague qui menaçait de la submerger. “Ça… ça va s’arranger,” mentit-elle d’une voix brisée, mais ses yeux trahissaient la vérité – la blessure de Dana était trop grave : l’arrachement avait sectionné veines et artères, et sans soins appropriés dans ce monde dévasté, l’infection et la perte de sang la condamnaient.

Dana, adossée contre un rocher éboulé, leva un regard affaibli vers Clara. La douleur lui arrachait des grimaces, mais une clarté lucide perçait dans ses yeux – un regret profond qui avait mûri dans le chaos, forgé par des années de survie ensemble. “Clara… attends,” haleta-elle, sa voix faible mais déterminée. “Ce que j’ai dit là-dedans… sur toi, sur le fait que c’était ta faute… Je le regrette. J’étais en colère, effrayée. Tu n’as pas attiré ça. Pardon… pour t’avoir blessée comme ça.” Ses mots étaient entrecoupés de respirations rauques, mais ils portaient une sincérité brute, un pont jeté par-dessus les fissures de leur lien brisé par la tour.

Clara, les larmes remontant aux yeux, secoua la tête, posant une main douce sur celle de Dana. “Non, c’est moi qui m’excuse. J’aurais dû vous dire plus tôt… pour la corne, pour ce qui m’est arrivé. J’ai eu peur, et maintenant… regarde-nous.” Sa voix se brisa, l’ombre en elle amplifiant sa culpabilité comme elle avait décuplé sa peine plus tôt, transformant le regret en une lame intérieure qui la transperçait. Elles se regardèrent un moment, un pardon muet passant entre elles, scellant les blessures émotionnelles même si les physiques restaient inexorables.

Alex, agenouillé près d’elles, observait la scène avec un sérieux inhabituel. Son visage juvénile, d’ordinaire illuminé par un sourire impulsif, était maintenant marqué par le deuil et la confusion. Il avait vu Clara renverser la grue, hurler comme une bête colossale, et maintenant, face à la mort imminente de Dana, il ne pouvait plus ignorer les questions qui le rongeaient. “Clara… qu’est-ce que tu es devenue ?” demanda-t-il d’une voix basse, sérieuse, sans trace de sa légèreté habituelle. “Ce hurlement… cette force. C’est pas normal. Pas comme les dons subtils qu’on entend dans les rumeurs. Explique-nous. S’il te plaît.”

Clara hésita, jetant un regard à Dana qui hocha faiblement la tête, l’encourageant malgré sa faiblesse. Assise sur le sol poussiéreux, elle prit une profonde inspiration, sentant l’ombre en elle remuer comme pour confirmer ses mots, un rappel troublant de sa transformation. “D’accord… tout. C’était au centre commercial, pendant une chasse solitaire. J’ai trouvé une tête de démon – une vraie, pas une de ces créatures résiduelles. Une corne brisée traînait à côté. J’ai hésité, mais… ma curiosité l’a emporté. Quand je l’ai touchée, c’est arrivé : des spasmes, une voix gutturale pas la mienne, des contorsions… Et puis, la corne a disparu, absorbée en moi, je crois. Ça a laissé cette tache sur ma peau, du ventre aux omoplates. Depuis, je me sens… plus forte, infatigable. Comme si quelque chose s’était lié à moi, pas pour me posséder complètement, mais pour… coexister. Ça amplifie tout : ma force, mes émotions. Le hurlement… c’était ça, qui repoussait les plantes.” Elle releva son haut pour montrer la marque, une volute sombre qui pulsait faiblement, comme un cœur caché.

Alex écouta, les yeux écarquillés, un mélange de fascination et de crainte traversant son regard. Dana, malgré sa faiblesse grandissante, parvint à un sourire pâle. “Alors… c’est un don. Pas une malédiction.” Elle toussa, du sang tachant ses lèvres, mais elle continua, sa voix gagnant en urgence. “Écoute-moi, Clara. J’ai adoré ma vie avec vous – tous les quatre. Les chasses, les nuits, les rires dans ce monde pourri. C’était… tout pour moi. Promets-moi de ne pas gaspiller ça. Ce don, cette force – utilise-la. Combats ces saletés, les entités, les démons résiduels. Et… fais des enfants. Ils auront sûrement les mêmes capacités, une lignée forte pour survivre à l’Apocalypse. Ne laisse pas ça s’éteindre avec toi.” Ses mots planaient comme un testament, un legs de son pragmatisme protecteur, imprégné d’un espoir farouche pour l’avenir, même alors que la mort la guettait.

Clara, les larmes coulant à nouveau, serra la main de Dana. “Je promets. Pour toi, pour Ben… pour nous tous.” Les mots de Dana résonnaient en elle, amplifiés par l’ombre qui transformait le deuil en une résolution brûlante.

Mais la réalité les rattrapa vite. Malgré leurs efforts pour panser la plaie – compresses improvisées, herbes analgésiques cueillies aux abords – la blessure était fatale. Dana s’affaiblissait à vue d’œil, son souffle se faisant laborieux, son corps tremblant de fièvre naissante. Agonisante, mumura douloureusement ses derniers mots. “Continuez… sans moi,” murmura-t-elle, ses yeux se voilant. “Trouvez un moyen… survivez.” Ses mots s’éteignirent en un dernier soupir, son corps s’affaissant dans les bras de Clara, la vie la quittant dans un silence poignant qui semblait absorber les bruits du monde environnant.

Le deuil frappa durement, un raz-de-marée qui les submergea. Clara sanglota ouvertement, son chagrin décuplé par l’ombre en elle, transformant la perte en une douleur viscérale qui la fit trembler, comme si son corps entier hurlait en silence. Alex, les larmes aux yeux, serra les poings, son impulsivité laissant place à une résolution sombre. “Elle est partie… comme Ben. Putain, pourquoi ?” Ils restèrent là un moment, enveloppés dans leur peine, le monde de l’Apocalypse semblant plus impitoyable que jamais, un rappel cruel que la survie venait avec un coût incessant.

Finalement, Alex brisa le silence, essuyant ses yeux d’un revers de main. “Écoute, Clara… Je connais un endroit. Un refuge lointain, au nord, avec des survivants érudits – des gens qui collectionnent les vieilles histoires, qui étudient les pouvoirs résiduels, les cornes de démons, tout ça. Ils pourraient avoir des réponses sur ce qui t’arrive, sur comment… l’utiliser sans te perdre.” Son ton était grave, mais teinté d’un espoir fragile, un fil tendu vers l’avenir, forgé par les pertes qui les unissaient désormais. Clara hocha la tête, serrant la main sans vie de Dana une dernière fois avant de l’enterrer sommairement sous un cairn de pierres, un geste ritualiste dans ce monde sans tombes véritables.

Ensemble, ils reprirent leurs vélos, endeuillés mais résolus, pédalant vers l’horizon inconnu sous un ciel qui s’assombrissait. Clara sentait l’ombre en elle sommeiller, un allié ambivalent qui l’avait sauvée autant qu’il l’avait changée. Les promesses de Dana résonnaient en elle – survivre, combattre, perpétuer – un legs qui transformait leur deuil en une quête. Le monde de l’Apocalypse les avait brisés, mais dans les ruines, une étincelle persistait : l’espoir que la curiosité de Clara, autrefois maudite, pourrait devenir leur salut.


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