Apocalypse - Chapitre 5: Le Départ

"Apocalypse" est une nouvelle post-apocalyptique qui plonge le lecteur dans un monde ravagé par une guerre céleste entre anges et démons, où la survie dépend de la mobilité, des liens humains et d'une magie résiduelle subtile. L'histoire suit un petit groupe de nomades – Alex, Ben, Clara et Dana – dont la dynamique est mise à l'épreuve par des dangers externes et internes.
Apocalypse - Chapitre 5: Le Départ

Le séjour au vieux centre commercial touchait à sa fin, comme tous les refuges temporaires dans leur vie nomade. Après plusieurs jours de repos relatif, de jeux espiègles et de nuits chargées d’intimité, une inquiétude sourde s’était installée. Ben, toujours vigilant, avait remarqué des signes subtils : des murmures dans le vent qui portaient plus loin que d’habitude, des ombres qui semblaient s’attarder un peu trop longtemps aux abords du bâtiment effondré, comme si la magie résiduelle de la région se réveillait. “On reste trop longtemps au même endroit,” avait-il déclaré ce matin-là, autour des braises mourantes de leur feu. “Ça attire les regards indésirables – créatures ou pire. On plie bagage et on reprend la route.” Les autres avaient acquiescé sans protester ; ils savaient que stagner, c’était risquer d’attirer ces entités résiduelles nées de la magie démoniaque ou angélique, des forces lentes et subtiles qui agissaient avec une patience trompeuse plutôt qu’avec une vitesse brute.

Clara, encore imprégnée de cette vitalité nouvelle qui pulsait en elle depuis l’incident avec la corne, hocha la tête avec un sourire espiègle, masquant le doute qui la rongeait intérieurement. Et si cette force en moi attire elle aussi des ennuis ? pensa-t-elle, mais elle chassa l’idée, se concentrant sur l’instant. “Allons-y pour l’aventure ! Et si on rendait le départ mémorable ?” Alex, son optimisme contagieux refaisant surface, rit en enfourchant son vélo rafistolé. “Des jumps et des tours, comme des gamins sur des ruines. Pourquoi pas ?” Dana, pragmatique comme toujours, vérifia ses armes – un arc et un couteau – avant de monter en selle. “Tant qu’on ne se casse rien. La route vers la ville est longue, et on n’a pas de temps pour les blessures.” Ben, en tête, grogna son approbation, son corps athlétique se mettant en mouvement avec une efficacité rodée, mais ses yeux trahissaient une fatigue accumulée, un poids que Clara remarqua avec une acuité nouvelle.

Ils quittèrent le centre commercial sous un soleil pâle, pédalant sur l’asphalte craquelé du parking envahi par les herbes mutées. L’air était chargé d’une humidité inhabituelle, comme si la Terre elle-même respirait après une nuit de secrets murmurés. Pour chasser la mélancolie du départ, ils transformèrent le voyage en un jeu acrobatique, leurs vélos devenant des extensions de leurs corps entraînés. Alex prit les devants, repérant un tas de débris comme rampe improvisée et s’élançant dans un saut audacieux, atterrissant avec un cri de triomphe. “À qui le tour ?” lança-t-il, riant aux éclats. Clara, sentant cette force infatigable en elle, le suivit sans hésiter, son vélo filant comme une flèche, exécutant un tour complet en l’air avant de toucher le sol en douceur. “Pas mal, hein ? J’ai l’impression de voler aujourd’hui !” Dana, habituellement réservée, se laissa emporter par l’ambiance, sautant par-dessus une carcasse de voiture rouillée avec une précision chirurgicale. Même Ben se prêta au jeu, enchaînant des virages serrés et des wheelies qui défiaient l’équilibre sur le terrain inégal. Leurs rires résonnaient dans les plaines désolées, un écho de joie pure dans un monde brisé. Les acrobaties devinrent des défis : qui sauterait le plus haut, qui tournerait le plus vite ? Clara excellait, son corps semblant infatigable, propulsé par cette énergie intérieure qui voulait toujours aller plus vite, plus haut. À un moment, elle attrapa la main de Ben en pleine course, leurs vélos côte à côte, un contact bref mais chargé de la sensualité de leurs nuits partagées.

Mais la joie fut de courte durée. Alors qu’ils approchaient d’une zone de friches plus denses, un grondement sourd ébranla le sol, comme un tonnerre lointain. Ben s’arrêta net, levant la main pour immobiliser le groupe. “Écoutez…” Derrière eux, à l’horizon, une silhouette massive émergea des broussailles : un taureau colossal, bien plus grand que n’importe quel animal ordinaire, sa peau craquelée et veinée de lignes rougeâtres luminescentes – un monstre semblant surgir directement des enfers. Ses cornes torsadées pulsaient d’une lueur infernale, et ses yeux brillaient d’une faim vorace, comme si la magie résiduelle l’avait transformé en une bête hybride, lente au départ mais gagnant en vitesse avec une inertie terrifiante. Il chargea dans leur direction, ses sabots faisant trembler la terre, soulevant des nuages de poussière contaminée.

“Merde ! Courez !” cria Dana, pédalant frénétiquement. Le groupe accéléra, leurs acrobaties joyeuses se muant en une fuite désespérée. Le taureau n’était pas seul dans sa menace ; des grognements secondaires, plus lointains, suggéraient qu’il faisait partie d’un troupeau, mais pour l’instant, c’était lui le plus proche, s’approchant trop vite pour qu’ils puissent le distancer facilement. Leurs vélos filaient sur le terrain accidenté, sautant par-dessus des fissures et des rochers, mais la bête gagnait du terrain, sa présence altérant l’air autour d’elle, le rendant épais et oppressant, chargé d’une odeur de soufre et de chair brûlée.

Soudain, la route s’ouvrit sur un immense cratère – un vestige de la grande guerre, un gouffre béant et extrêmement large, aux parois abruptes et irrégulières, quasi impossible à franchir d’un saut à vélo. Le groupe pila au bord du précipice, le vide s’étendant comme une bouche vorace, avec des roches effritées et des racines mutées pendant dans l’abîme. Le taureau, encore à une distance respectable mais se rapprochant inexorablement, beuglait un cri caverneux qui faisait vibrer l’air. “On n’a pas le temps de faire le tour !” haleta Alex, essoufflé. “Il est trop rapide et trop proche maintenant.” Dana banda son arc, visant la bête. “On l’affronte ici. Pas d’autre choix.” Elle décocha une flèche qui se planta au sol devant la bête, mais un de ses sabots l’écrasa sans ralentir. Ben agrippa sa lance, et Alex s’avança pour tenter de la distraire.

Clara, son regard balayant l’autre côté du cratère, repéra une vieille structure métallique – une grue de l’ancien monde, haute et rouillée, dressée comme un squelette géant sur la rive opposée. Une idée folle germa en elle, nourrie par cette force infatigable qui bouillonnait depuis l’incident de la corne, amplifiant son audace. “Je peux sauter,” murmura-t-elle, plus pour elle-même que pour les autres. Ben se tourna vers elle, alarmé. “Clara, non ! C’est du suicide. On affronte la créature ensemble – on l’a déjà fait avec pire.” Dana acquiesça, décochant une deuxième flèche qui se planta dans l’épaule de la créature, qui continua sans broncher : “Écoute, je tire, Alex distrait, et toi et Clara portez le coup fatal avec ta lance et sa machette. Sauter là-dessus, c’est la mort assurée !” Alex s’arrêta, confus par la situation.

Mais Clara, sentant cette pulsation intérieure la propulser, ignora leurs protestations. “Faites-moi confiance,” dit-elle simplement, reculant pour prendre de l’élan. Sous leurs regards abasourdis, elle pédala furieusement, son vélo gagnant une vitesse incroyable, comme si une énergie surnaturelle l’assistait. Elle s’élança du bord du cratère, son corps et sa monture filant dans les airs dans un arc improbable, défiant la gravité. Dana aurait juré voir une ombre fugitive, comme des ailes éphémères, se profiler dans son sillage. Le groupe retint son souffle, la voyant planer au-dessus du vide, atterrissant de justesse sur l’autre rive dans un nuage de poussière. Elle disparut derrière la grue, et soudain, un craquement assourdissant retentit – la structure métallique bascula de côté, s’effondrant latéralement pour former un pont précaire sur le cratère, ses poutres rouillées grinçant sous la tension.

“Allez ! Traversez !” cria Clara de l’autre côté, sa voix portant avec une assurance nouvelle. Ben, Dana et Alex, stupéfaits, n’hésitèrent pas longtemps – le taureau était presque sur eux. Ils pédalèrent sur le pont improvisé, leurs vélos cahotant sur le métal instable, traversant le gouffre en un équilibre fragile. À peine avaient-ils atteint l’autre rive que le taureau, beuglant de rage, chargea sur la structure. Le poids massif de la bête fit céder les poutres affaiblies ; le pont s’effondra dans un vacarme de métal tordu, emportant le taureau dans l’abîme où il disparut dans un hurlement glaçant, son corps contaminé s’écrasant au fond du cratère.

Le groupe s’arrêta, haletant, pour regarder Clara. Leurs expressions mélangeaient gratitude et méfiance – comment avait-elle fait pour renverser une grue entière ? Ben posa une main sur son épaule, son regard perçant. “C’était… incroyable. Mais comment ?” Alex hocha la tête, reconnaissant mais inquiet. “Ouais, merci, Clara. Sans toi, on était fichus.” Dana, pragmatique, ajouta : “On en reparle plus tard. Pour l’instant, bougeons.” Mais Clara se contenta d’un sourire énigmatique, sentant cette ombre en elle se calmer, satisfaite de son exploit, même si une vague de doute l’envahissait : Est-ce vraiment moi qui ai fait ça, ou… quelque chose d’autre ?

Le répit fut bref. Des grognements résonnèrent au loin – le taureau n’était pas seul ; d’autres formes massives, contaminées de la même manière, émergeaient des friches, un troupeau entier attiré par le bruit. “Ils arrivent ! Vers la ville !” cria Ben, et le groupe reprit sa course, pédalant frénétiquement à travers les ruines périphériques. La ville se dressait à l’horizon, un labyrinthe de bâtiments effondrés et de végétation envahissante, avec ce gratte-ciel couvert de plantes qui les attendait comme une sentinelle silencieuse. Ils traversèrent les premières rues défoncées, évitant des débris et des ombres suspectes, leurs acrobaties se muant en manœuvres de survie – sauts par-dessus des barricades, virages serrés pour semer les bêtes qui les talonnaient. Clara menait maintenant, sa force nouvelle la rendant infatigable, guidant les autres à travers le chaos urbain, vers l’inconnu qui les attendait au cœur de la tour végétale.


Write a comment
No comments yet.