Apocalypse - Chapitre 1: Les Nomades de l'Apocalypse
Le soleil se couchait sur les plaines ravagées, peignant le ciel d’un orange sale, zébré de nuages noirs qui semblaient porter les cicatrices de batailles oubliées. La Terre n’était plus qu’un vaste désert de ruines, où les vestiges de l’ancien monde – autoroutes craquelées, carcasses de voitures rouillées, et squelettes de bâtiments effondrés – servaient de repères pour les rares survivants. Dans cet univers apocalyptique, les humains se comptaient par millions, éparpillés en petits groupes nomades. Se regrouper en trop grand nombre, c’était inviter le malheur : les échos de la grande invasion, quand démons et anges s’étaient livrés une guerre sans merci, persistaient sous forme de créatures nées de la magie résiduelle. Des êtres étranges, ni tout à fait démoniaques ni angéliques, rôdaient, attirés par la vie en masse. Les vrais démons et anges ? Des légendes rares, des ombres fugaces que personne dans leur groupe n’avait jamais vues. Et parmi les humains, certains portaient des dons subtils, hérités de cette magie : une agilité accrue, une intuition aiguisée, une résistence à la faim, rien de spectaculaire comme les héros des vieilles histoires qu’on se racontait parfois, mais assez pour survivre mieux que les autres.
Alex, vingt-cinq ans, pédalait en tête, son corps svelte et musclé par des années de nomadisme se mouvant avec une énergie impulsive. Ses cheveux châtains, coupés court pour éviter les ennuis, volaient dans le vent sec. Il était l’optimiste du groupe, toujours prêt à transformer une corvée en jeu, même si cela signifiait risquer une chute sur les routes défoncées. Derrière lui, Ben, quarante-et-un ans, suivait d’un rythme régulier, son cadre athlétique marqué par des cicatrices discrètes – souvenirs de rencontres avec des créatures résiduelles. Leader pragmatique, il parlait peu, mais son regard perçant, sous une barbe grisonnante, en disait long sur son expérience. Il portait le poids des décisions, transmettant ses connaissances en maniement d’armes blanches et au tir à l’arc, veillant sur les autres comme un père protecteur, même s’il n’en avait jamais eu l’occasion dans ce monde brisé.
Clara, vingt-neuf ans, roulait à côté de Ben, sa silhouette fine et agile adaptée à la vie en mouvement. Ses yeux verts pétillaient de curiosité espiègle, et elle avait cette façon de sourire qui illuminait les jours les plus sombres. Elle était la plus curieuse, posant des questions sur tout, des plantes mutées aux rumeurs sur l’ancien monde. Enfin, Dana, trente-cinq ans, fermait la marche, son corps élancé et fort trahissant une pragmatisme forgé par la survie. Elle était la protectrice, toujours à vérifier les environs, son arc improvisé attaché à son vélo. Elle partagait les connaissances qu’elle avait accumulé au fil des années. Le monde en ruine restait un écosystème coérant et le groupe évitait les mauvais endroits grâce à elle. Aucun d’eux n’avait connu le monde d’avant l’Apocalypse ; ils étaient nés dans les ruines, élevés par des survivants nomades qui leur avaient appris à se méfier des grands rassemblements, à chasser pour manger, et à bouger sans cesse.
Ce jour-là, alors que le crépuscule approchait, Ben leva la main pour arrêter le groupe. Ils venaient de repérer des traces fraîches sur le sol craquelé : des empreintes de cerfs mutés, ces animaux qui avaient survécu en s’adaptant à la magie résiduelle, leurs corps parfois parsemés de veines luminescentes mais encore comestibles si on évitait les parties contaminées. “Chasse,” murmura Ben d’une voix grave, son ton ne laissant place à aucune discussion. C’était leur mode de vie : nomades à vélo pour couvrir du terrain, mais prêts à descendre pour traquer la nourriture. Les vélos, rafistolés avec des pièces trouvées dans les ruines, étaient leur plus précieux atout – rapides, silencieux, et ne nécessitant pas de carburant rare.
Ils laissèrent leurs montures à un arbre tordu, un vestige d’une forêt qui avait poussé de manière anormale après la guerre céleste. Alex s’étira, un sourire excité aux lèvres. “Enfin un peu d’action ! Ces cerfs sont rapides, mais pas autant que moi.” Clara rit doucement, son rire résonnant comme un écho de joie dans ce monde morne. “Toujours le compétiteur, hein ? Attention à ne pas te faire embrocher par une de leurs cornes bizarres.” Dana, plus sérieuse, ajusta son couteau à sa ceinture. “Restons groupés. Pas de risques inutiles. Si on attire une de ces… choses résiduelles, on est fichus.”
La chasse commença dans les broussailles clairsemées, où la végétation avait muté en formes étranges : des buissons aux feuilles qui murmuraient parfois des sons inintelligibles, échos de la magie angélique ou démoniaque. Ben menait, ses sens aiguisés – peut-être un de ces dons subtils hérités – le guidant vers les traces. Il avait ce talent pour repérer les pièges naturels, comme si son corps réagissait à la magie résiduelle avant qu’elle ne se manifeste. Alex, impulsif, s’aventura un peu plus loin, son corps fin se faufilant entre les rochers avec agilité. Il repéra le troupeau en premier : trois cerfs, leurs pelages iridescents sous la lumière déclinante, broutant des herbes luminescentes. “Là-bas !” siffla-t-il, et le groupe se déploya en silence.
Clara, avec son esprit espiègle, proposa une approche : “On les encercle. Alex, tu fais diversion avec ton bruit habituel. Dana et moi, on tire depuis les flancs.” Ben hocha la tête, approuvant tacitement. C’était leur dynamique : Ben décidait, mais il laissait de la place à l’initiative, renforçant les liens qui les unissaient. Dana, méthodique, banda son arc, une arme qu’elle avait fabriquée elle-même avec des tendons d’animaux mutés. “Vise les jambes pour les ralentir. Pas de gaspillage.”
La tension monta alors qu’ils s’approchaient. Alex, fidèle à son rôle, fit craquer une branche intentionnellement, attirant l’attention des cerfs. Les animaux levèrent la tête, leurs yeux brillants d’une lueur surnaturelle – rien de spectaculaire, juste un éclat qui rappelait que la magie avait altéré tout, même la faune. Un cerf chargea vers Alex, ses cornes torsadées luisant faiblement. Le jeune homme esquiva avec grâce, son corps athlétique pivotant comme dans une danse. “Viens par là, gros !” cria-t-il, riant presque, son optimisme transformant le danger en jeu.
De son côté, Clara se glissa derrière un rocher, machette à la main. Elle avait un don subtil : une intuition qui la guidait vers les points faibles, comme si elle “sentait” la vulnérabilité des proies. Elle lança une pierre pour distraire un deuxième cerf, et Dana décocha une flèche qui se ficha dans la cuisse de l’animal, le faisant trébucher. Ben, avec sa force expérimentée, bondit sur le troisième, sa lance s’enfonçant précisément dans le cou. Le combat fut bref mais intense : Alex évita une charge, ripostant d’un coup de pied qui fit vaciller la bête, permettant à Clara de l’achever d’un coup net. Dana termina le sien d’une deuxième flèche à la tête, et Ben s’occupa du dernier qui convulsait violemment, son corps musclé ne montrant aucune fatigue malgré l’effort.
Essoufflés mais victorieux, ils traînèrent les carcasses vers un endroit sûr, loin des traces pour éviter d’attirer des charognards mutés ou pire. “C’était un bonne prise,” grogna Ben, essuyant le sang sur ses mains. Clara, taquine, donna un coup de coude à Alex. “T’as failli te faire piétiner, idiot. Mais avoue, c’était excitant.” Alex rit, posant une main sur son épaule et leurs regards se croisèrent, un contact bref mais chargé de cette sensualité naturelle qui imprégnait leur vie proche. Dans ce monde, les corps se touchaient souvent – pour se réconforter, se soigner, ou plus – sans tabous. Dana, rangeant son arc, secoua la tête avec un sourire rare. “On a de la viande pour plusieurs jours. Mais on ne devrait pas trop traîner. Pas de camp fixe trop longtemps.”
Ils reprirent leurs vélos et pédalèrent jusqu’à un abri naturel : une petite clairière entourée de rochers, à l’écart des routes principales. Là, ils installèrent un feu de camp discret, utilisant des branches sèches et une étincelle de silex pour l’allumer – pas de feu trop grand, pour ne pas signaler leur présence aux créatures résiduelles. La nuit tombait vite, enveloppant le monde d’une obscurité parsemée d’étoiles voilées par la poussière éternelle. Ils découpèrent la viande et retirèrent méthodiquement ce qui n’était pas comestible, la faisant rôtir sur des broches improvisées, l’odeur de chair grillée se mêlant à celle de la terre sèche.
Autour du feu, la discussion s’installa : des bribes de rumeurs, des souvenirs partagés, et cette curiosité sur l’inconnu. Ben, assis en tailleur, remuait les braises avec un bâton, son visage buriné éclairé par les flammes. “Ces cerfs… leurs yeux brillaient plus que d’habitude. Peut-être la magie résiduelle s’intensifie par ici. Faut être prudents.” Dana acquiesça, l’air grave.
Clara, adossée contre son sac, mordit dans un morceau de viande juteuse. “Tu crois que c’est lié aux vieux contes ? Sur les démons et les anges qui se sont battus ? J’ai entendu une fois, d’un nomade, que certains humains naissent avec des pouvoirs, comme… une force invisible. Pas de gros pouvoir comme voler ou tirer des boules de feu, mais juste assez pour survivre.” Son ton était curieux, rusé, invitant les autres à partager. Elle jeta un regard à Alex, qui s’était assis près d’elle, leurs cuisses se touchant presque, une intimité subtile dans l’air frais de la nuit.
Alex, bon enfant, avala une bouchée avant de répondre. “Moi, je dis que c’est cool ! Imagine si l’un de nous avait un truc comme ça. Genre, Ben, t’es déjà super fort – peut-être que c’est pas juste l’entraînement.” Il rit, mais il y avait une pointe de sérieux. Aucun d’eux n’avait connu le monde d’avant ; leurs parents, disparus ou morts dans des raids de créatures, leur avaient légué des bribes : des villes immenses, des machines volantes, une vie sans faim constante. Mais c’était flou, comme des rêves.
Dana, plus sérieuse, secoua la tête tout en mâchant. “Peu importe. On survit parce qu’on est ensemble, pas grâce à des pouvoirs magiques. Les grands groupes attirent les ennuis – démons résiduels, plantes carnivores, ou ces ombres qui murmurent la nuit. On reste nomades, à quatre. C’est pour ça qu’on est encore en vie.” Elle posa une main sur le genou de Ben, un geste protecteur et affectueux, soulignant les relations tissées par la survie. Ben hocha la tête, son silence éloquent. “Exact. Mais… l’ancien monde. Vous vous demandez parfois comment c’était ? Pas moi. C’était avant, et nous, on est là maintenant. Vivons le moment présent autant que possible.”
La conversation deriva, nourrie par la chaleur du feu et la satisfaction d’un repas rare. Clara raconta une rumeur entendue d’un autre groupe : un survivant qui pouvait “sentir” l’eau souterraine, un don subtil issu de la magie. Alex, impulsif, imagina des scénarios fous – “Et si on trouvait un cadavre de démon et qu’on le mangeait ? Ça nous rendrait surement invincibles !” – provoquant des rires. Dana tempéra : “Ou ça nous tuerait. Mieux vaut nos vélos et nos armes.” Ben, pragmatique, ajouta peu, mais ses yeux trahissaient une sagesse profonde, observant les autres avec affection.
Au fil de la nuit, une chaleur intime émergea naturellement : Clara massa les épaules d’Alex, soulageant la tension de la chasse, leurs corps se frôlant dans la lueur dansante. Dana et Ben partagèrent un regard, une connexion muette forgée par des années. C’était leur monde : dur, impitoyable, mais parsemé de ces moments humains qui les maintenaient en vie. Le feu crépitait, et tandis que la lune se levait, ils s’endormirent en cercle, prêts pour la route du lendemain, ils tenteront de trouver un abris pour quelque jours dans une ancienne petite ville.
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